Boîte à outils du confinement

Espace-temps et apprentissage

Dans les profils que je rencontre en consultation, je voudrais vous parler de l’élève qui aime rédiger, qui n’est jamais à court d’idées, pour qui une idée en amène une autre facilement. Mais malheureusement, arrivé au bout du temps imparti, soit il n’a pas fini, soit il est content de lui mais il a 4/20 car c’est hors-sujet ou encore il peut lire comme appréciation : « manque de rigueur, idées pas assez développées… » Vous en connaissez des copies de ce genre!

Comme petit indice, cet élève aura souvent du mal à démarrer, il faut qu’il se fasse violence pour se lancer. 

En gestion mentale cet élève fonctionne dans le temps. Pour comprendre concrètement cette notion, vous imaginez un cailloux que vous lancez en ricochet sur un lac bien calme. Ce caillou bondit sur l’eau mais vous ne savez pas combien de bonds il va faire, ni à quel moment il va finir par disparaître au fond de l’eau définitivement. Et bien pour l’élève qui fonctionne dans le temps de façon exclusive, il démarre en mobilisant une grande énergie (la force que vous déployez pour lancer le caillou) et se laisse porter par la plume (nombre de bonds imprévisibles).

Pour améliorer ses capacités de rédaction, je propose à l’élève de mettre de l’espace dans son temps : à chaque « bond » (du ricochet!) il fait un arrêt sur image et rempli l’image des connaissances appropriées pour cette étape et avant de repartir au « bond » suivant, il relit le sujet (il est LE spécialiste des hors-sujets donc se replonger dedans). Ainsi de suite, il avance en s’arrêtant plus longtemps à chaque étape. Il passe donc d’un fonctionnement purement temporel à un fonctionnement spatio-temporel, clé de la réussite!

La classe de seconde est très révélatrice de ce fonctionnement espace-temps plus ou moins équilibré. En effet, les exigences des professeurs sur la qualité de la rédaction, de l’argumentation, du traitement du sujet en entier et l’articulation des idées sont les critères majeurs d’évaluation aussi bien en français qu’en histoire-géographie ou encore en SES ou SVT.
Alors, vous êtes plutôt temps?
Oui? Vous savez que faire maintenant pour équilibrer espace et temps.
Non? Guettez l’article sur l’élève « espace » à venir!

Etre attentif à quelquechose?

Combien de fois ces dernières semaines avons-nous dit notre enfant : « sois attentif », en s’intéressant à son travail scolaire ? Après cette injonction, sait-il ce qu’il doit faire pour répondre à notre demande : être plus attentif ? Voici quelques pistes de réflexions sur l’attention, un des cinq gestes mentaux de l’apprentissage selon la pédagogie d’Antoine de La Garanderie.


“Être attentif”, cela n’a pas de sens. Être attentif à quelque chose ou à quelqu’un, cela est possible. Selon la pédagogie de la gestion mentale, être attentif à quelque chose, c’est percevoir avec le projet de s’en fabriquer une évocation, un souvenir. L’attention nous permet d’accéder à la mémorisation, à la compréhension et à la réflexion. Être attentif pour apprendre vite et bien, voici notre défi !


Cette semaine, découvrons la première étape de l’attention : le monde de la perception.

1- LA PERCEPTION

Donc le démarrage se fait par la perception. Nos sens nous envoient des informations de puissance inégale. Certains peuvent travailler dans le bruit (dans la cuisine où tout le monde passe et discute) et d’autres ont besoin d’un silence complet (casque anti-bruit et boules quies). La sensibilité de certains de nos sens est une chance et un atout, mais elle peut aussi nous mettre en difficulté dans une situation nécessitant de l’attention. Est-ce que je me connais ? Mes forces pourraient devenir des ennemies…

  • La vue : votre bureau est face à la fenêtre, vous êtes distrait dès qu’une voiture passe, dès qu’un oiseau traverse mon champ de vision. Alors tournez le bureau vers le mur ! Si vous êtes trop tenté chez vous par tout ce que vous voyez, travaillez à la bibliothèque (une fois le confinement levé !).
  • L’ouïe : dès que vous entendez des personnes parler, vous essayez d’écouter la conversation, dès que vous entendez un bruit, vous vous retournez ou vous sortez voir ce qu’il se passe. Alors mettez-vous dans une pièce le plus possible isolée phoniquement du reste de la maison ou travaillez avec un casque anti-bruit.
  • L’odorat : certaines odeurs vous gênent, vous êtes sensible au parfum des personnes que vous croisez. Vous aimez sentir un plat, une plante, c’est votre façon de l’appréhender. Pour travailler, installez-vous loin de la cuisine ou dans la pièce, mettez un diffuseur d’huiles essentielles naturelles qui vous convient. Aérez la pièce régulièrement.
  • Le toucher : vous aimez ressentir les choses en les touchant, en les manipulant. Vous touchez, tapez, caressez, frottez, tordez pour vous familiariser avec l’objet (ou la personne ). Vous aimez toucher les matières. Le toucher de votre matériel scolaire est important : la texture de votre bureau, la souplesse de vos cahiers, la rugosité du papier, le maintien de vos crayons, vous en avez certainement un préféré !
  • Le goût : vous mâchonnez un bouchon ou le bout d’un crayon. Vous cueillez un brin d’herbe et vous le gardez sur vos lèvres pendant toute la balade. Vous avez besoin de goûter les plats pour vous en faire une idée (pas que par gourmandise) . Pourquoi pas vous procurer un bâton de réglisse, c’est naturel et ça dure longtemps.

Première étape :

  • Etre attentif à mes sens, ce qui m’aide, ce qui me distrait,
  • Me construire ma routine, ma check-list personnelle qui garantira ma meilleure disposition d’esprit pour bien percevoir ce que je vais apprendre.

La perception prend une très très grande place pour les enfants ayant un trouble de l’attention et pour les enfants zèbres (précoces).

 

PETITE ILLUSTRATION D’UN DE MES FORMATEURS, FRÉDÉRIC RAVA-RENY.

L’évocation, porte d’entrée de l’apprentissage

L’évocation : la porte d’entrée du monde fabuleux des apprentissages

Nous avons vu la semaine dernière que nous entrons en contact avec le monde par nos cinq sens. Ils peuvent être d’une aide très précieuse et parfois devenir nos ennemis. Il est bon de vérifier régulièrement si nos sens fonctionnent bien : contrôle de la vue une fois par an, de l’audition après des otites, du retour du goût et de l’odorat après le covid-19 !

Ce que vos sens perçoivent, vous le transformez en souvenirs ou évocations ( c’est le vocabulaire de la gestion mentale). L’évocation se passe dans la tête. Comment je code ce que je perçois ? C’est l’encodage.

Exemple : à quoi pensez-vous quand je vous dis : « chocolat » ?

– Evocation visuelle : vous pouvez voir une tablette, le chocolat que vous mangez avec votre café, un gâteau au chocolat, le pot de Nutella, la couleur marron, le mot chocolat, la maison de votre grand-mère chez qui vous mangez un bon gâteau au chocolat, le visage de votre ami qui vous a offert une boîte de chocolats…

– Evocation auditive : vous pouvez entendre le bruit d’un carreau de chocolat que vous cassez, le papier de la tablette que vous déchirez, le bruit du minuteur qui sonne pour la fin de la cuisson, le bruit de l’opercule du pot de Nutella que vous percez avec votre doigt, des voix d’enfants demandant du chocolat…

– Evocation verbale: vous pouvez vous parler dans votre tête : « gourmandise, c’est bon, j’aimerais en manger, beurck je suis allergique, j’aime le gâteau au chocolat de ma grand-mère, j’en ai fait un la semaine dernière, je n’ai plus de chocolat à la maison je ne pourrai pas faire de gâteau …. »

– Evocation tactile : vous avez l’impression de tenir un carreau de chocolat dans votre main, de sentir la texture, vous avez le goût qui vous vient à la bouche, l’odeur, vous êtes en train de tourner la pâte du gâteau au chocolat avec une cuillère en bois (dans votre tête), impressions de mouvement …

Vous venez de découvrir les quatre natures de l’évocation en gestion mentale selon Antoine de La Garanderie : visuelles, auditives, verbales, tactiles. Vous avez bien compris qu’il s’agit de ce qui se passe dans votre tête, comment vous avez installé le mot chocolat dans votre tête. Vous avez lu un mot (perception visuelle d’un mot) et pourtant, pour certains d’entre vous, ce n’est pas le mot chocolat écrit en lettres que vous avez gardez : l’évocation est parfois d’une autre nature que la perception !

  C’est la raison pour laquelle le raccourci  « Je suis auditif » ou « Je suis visuel » n’a pas beaucoup de sens. De quoi parlons-nous?

A ces quatre natures d’évocations, s’ajoute en précision les quatre paramètres de l’évocation :

Le souvenir que je me fabrique ou que je fais venir est :

– Concret : vous voyez, vous vous racontez, vous entendez, vous ressentez des scènes, des paysages, des personnes, des objets…des choses et des êtres en 3D, vous voyez en souvenirs votre cuisine et le gâteau au chocolat dans le four…

– Codes : vous voyez, entendez, vous parlez, ressentez des mots, lettres, chiffres, dessins, graphiques, formes géométriques, courbes…

– Liens logiques : vous faites des liens de similitudes, de différences, vous comparez. Chocolat comme Nutella, lien de similitude…

– Liens inédits et originaux: vous faites des liens avec des souvenirs personnels, le gâteau au chocolat de ma grand-mère, vous prolonger l’évocation : chocolat, je suis allergique, urticaire, je me gratte, cortisone….

Passionnant, non?

La semaine prochaine : aider chacun selon son profil d’évocation.

 

L’ÉVOCATION EN BD DE FRÉDÉRIC RAVA-RÉNY

Recevoir nos bonnes idées

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